Élection de Christine Fréchette – Louer des écoles : une fausse bonne idée
13 avril 2026
Le président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), Éric Pronovost, salue l’élection de la nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette, et prend acte de son ouverture à l’écoute. Ce, tout en l’invitant à faire preuve de prudence quant à certaines solutions envisagées en matière d’éducation. « De grands défis l’attendent et je suis sûr qu’elle prendra le temps de bien consulter les gens du réseau de l’éducation. Nous souhaitons surtout qu’elle prenne acte que louer des écoles, c’est une fausse bonne idée », affirme Éric Pronovost.
Un modèle séduisant en apparence, mais risqué en pratique
La proposition de faire de l’État un locataire d’écoles construites par le privé peut sembler innovante à première vue. Toutefois, une analyse plus approfondie révèle des risques financiers et organisationnels importants.
Contrairement à la construction publique, où l’État demeure propriétaire de ses infrastructures, le modèle locatif implique des paiements sur plusieurs décennies. Résultat : les contribuables assument non seulement les coûts de construction, mais aussi les profits du promoteur, les intérêts financiers et les frais de gestion. À long terme, la facture peut être nettement plus élevée pour une même école.
Perte de contrôle et rigidité accrue
Confier les écoles au privé signifie également de céder une part de contrôle sur des éléments essentiels, comme l’entretien, les rénovations et certaines décisions liées aux bâtiments. De plus, les contrats à long terme, souvent de 25 à 30 ans, limitent la capacité du réseau scolaire à s’adapter rapidement aux besoins changeants des élèves et du personnel.
« L’école n’est pas un simple immeuble. C’est un milieu de vie et un service public essentiel. On ne peut pas la gérer uniquement avec une logique financière », souligne M. Pronovost.
Des exemples ailleurs qui coûtent cher
Les expériences de partenariats public-privé (PPP), notamment en Ontario et au Royaume-Uni, soulèvent des préoccupations. Plusieurs analyses ont démontré que ces projets entraînent souvent des dépassements de coûts, liés notamment au financement privé, aux marges de profit et à la complexité des contrats.
Au Royaume-Uni, certaines écoles construites sous le modèle Private Finance Initiative ont fini par coûter jusqu’à deux ou trois fois leur valeur initiale. Des frais élevés pour des modifications mineures ont également été documentés, illustrant la rigidité de ces ententes.
Le vrai enjeu : le sous-investissement public
Pour la FPSS-CSQ, le recours au privé ne règle pas le problème de fond, soit le manque chronique d’investissements publics en infrastructures scolaires.
Plus de la moitié des écoles québécoises nécessitent des rénovations importantes, alors que le déficit d’entretien des infrastructures publiques atteint environ 40 milliards de dollars. L’indice de vétusté des écoles montre une détérioration marquée au fil des années, avec une proportion importante d’établissements en mauvais état.
Un vent nouveau?
À la suite de son discours prononcé dimanche, ce nouveau mandat semble s’amorcer sous le signe d’un vent de renouveau. La première ministre a clairement exprimé sa volonté de réduire la pression sur les familles québécoises, notamment en s’attaquant au coût du panier d’épicerie, tout en misant sur des investissements structurants en santé et en éducation. Monsieur Pronovost rappelle qu’« il est essentiel d’investir en éducation, de travailler en collaboration avec les partenaires du réseau et les autres ministères et souhaite qu’il y ait des actions concrètes pour le personnel de soutien scolaire », un levier incontournable pour répondre aux défis actuels et préparer l’avenir.
Investir réellement en éducation
« Les problèmes liés au manque de financement ne peuvent pas être réglés en limitant les hausses budgétaires à l’inflation. Il faut investir davantage pour répondre aux besoins criants du réseau », poursuit Éric Pronovost.
Il appelle le gouvernement « à privilégier des solutions durables, à renforcer le rôle de l’État dans la gestion des infrastructures scolaires et à investir massivement pour assurer des milieux d’apprentissage de qualité à tous les élèves du Québec ».